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Le mur.

© Alexandra Novosseloff.

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Dans Questions internationales n° 28, Alexandra Novosseloff (docteur en science politique et chercheur-associé au Centre Thucydide de l'université Panthéon-Assas - Paris II) revient sur la construction du « mur de séparation » entre Israël et les territoires palestiniens. Extrait :

« En avril 2002, suite à une vague d’attentats qui a fait près d’un millier de victimes, le gouvernement d’Ariel Sharon a décidé de construire un mur continu le long de la Ligne verte, ligne d’armistice de 1949 et "frontière" établie en juin 1967. Après plusieurs modifications du tracé initial, seuls 20 % du mur passent désormais sur le tracé de la Ligne verte.

Les Israéliens parlent de "clôture de sécurité" ou de "barrière de séparation", ou encore de "barrière antiterroriste", voire de "mur de fer". Les Palestiniens emploient les expressions de "mur de l’apartheid", de "mur de la ségrégation", de "mur d’annexion" ou de "mur de la honte". La Cour internationale de justice, dans un avis consultatif de juillet 2004, mêle les deux expressions parlant de "mur de séparation".

En réalité, si le mur prend dans la campagne l’aspect d’une double barrière de sécurité (de deux mètres de haut), il s’appuie sur un réseau d’obstacles – barrières, colonies, routes interdites, tunnels réservés, zones militaires fermées, points de contrôle – à travers la Cisjordanie, dont l’ensemble forme un mur tout aussi infranchissable que le mur de béton de neuf mètres de haut construit dans les villes (Jérusalem, Qalqiliya, Tulkarem). Selon l’armée, un mur en béton est construit aux endroits menacés par des tirs ou lorsqu’il est impossible de construire un aussi large système de sécurité – seulement 4 % du tracé.

La "barrière de sécurité" est, en effet, un large couloir de 45 à 100 mètres doublé d’un système électronique : le moindre contact déclenche une alarme, les caméras de surveillance placées tous les cinquante mètres localisent et visualisent alors l’intrus. Les soldats postés dans les miradors décident ou non d’envoyer une patrouille qui peut arriver en quelques minutes. Les deux barrières qui bordent la piste sont doublées, côté palestinien, d’un profond fossé et d’une triple rangée de rouleaux de barbelés et, côté israélien, d’un chemin de sable pour repérer d’éventuelles traces de pas.

Côté israélien, la construction du "mur de séparation" ne suscite aucun état d’âme : c’est un fait acquis qui ne fait même pas l’objet de débats dans la société. Les organisations non gouvernementales qui combattent son tracé – pour le faire coller à la Ligne verte – ou ses conséquences humanitaires n’ont pas remis en cause son principe même. Israël, traumatisé, veut matérialiser sa séparation d’avec son voisin. Construire le mur, c’est entamer une séparation définitive, dont les gouvernements israéliens étaient déjà convaincus depuis 1990 quand ils construisirent une barrière de sécurité autour de la bande de Gaza. Pour les Israéliens, le mur répond au besoin fondamental de sécurité et de séparation et constitue une mesure de légitime défense.

Pour les Palestiniens, la construction de mur confisque leurs terres, les exproprient. Des plaintes sont régulièrement déposées auprès de la Cour suprême israélienne par les Palestiniens et de nombreux dossiers sont en cours d’instruction. Rarement, celle-ci a invalidé le tracé initial du mur ou celui imposé par les faits, surtout si des considérations "de sécurité" sont avancées par les autorités. Au total, les plaintes et les pétitions n’ont permis de réduire que de 17 % à 9 % la part de la Cisjordanie confisquée par le tracé du mur de séparation. À terme, quand la construction du mur sera achevée, 274 000 Palestiniens seront enclavés et 400 000 séparés de leurs champs, de leur travail, de leur école et de leur hôpital. De façon paradoxale, sans les Palestiniens, leur main-d’œuvre, leurs entreprises, leurs carrières, ce mur n’aurait jamais vu le jour. 26 000 Palestiniens sont employés à sa construction ! »

Alexandra Novosseloff est également coauteur avec Franck Neisse de l’ouvrage Des murs entre les hommes (La Documentation française).

Mis à jour le 13/08/2008

 

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