L’augmentation du nombre de détenus psychiquement fragiles

Centre pénitentiaire de Perpignan

Centre pénitentiaire de Perpignan (Pyrénées orientales).

Photo : Bertrand Desprez/Vu © La Documentation française

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Selon le rapport de Jean-Louis Terra, Prévention du suicide des personnes détenues, publié en décembre 2003, 55 % des détenus entrants présentent un trouble psychique. 30 % des hommes et 45 % des femmes seraient atteints de dépression. Un détenu sur cinq était suivi avant son incarcération. Une étude rendue publique en 2004 estime que 80 % des personnes sous écrous présentent une pathologie psychiatrique. Les prisons compteraient 7 % de schizophrènes, soit sept fois plus que dans la population générale.

La responsabilisation pénale des malades mentaux

« On assiste à une tendance forte à la responsabilisation pénale des malades mentaux délinquants. Les experts concluent de plus en plus systématiquement que les personnes présentant des troubles psychiatriques importants sont passibles d’une sanction pénale, surtout lorsqu’ils ont commis des actes graves. Il s’ensuit un transfert des charges du sanitaire vers le judiciaire et le pénitentiaire, dont atteste le nombre de plus en plus élevé d’entrants en prison qui étaient préalablement suivis en psychiatrie. Or les SMPR (services médico-psychologiques régionaux) n’ont pas été conçus pour ce type de pathologie qui constitue la limite de leur action. Ils n’ont recours, en cas de crise aiguë et en l’absence de consentement du patient, qu’à une procédure d’hospitalisation d’office qui nécessite de longues démarches pour un bénéfice souvent ponctuel, les dispositions de l’article D.398 du Code de procédure pénale étant inadaptées. Après parfois quelques jours seulement d’hospitalisation au Centre hospitalier spécialisé (CHS), la crise passée, le patient est renvoyé en prison. C’est alors au personnel du SMPR, obligé de prendre en charge un patient qui ne devrait pas être en prison et qui perturbe le fonctionnement de la détention, de faire face à une situation qui cristallise les contradictions entre une logique de soin et une logique répressive. »

(Source : "La pratique psychiatrique en prison", Marc Bessin, sociologue, chargé de recherche au CNRS, CEMS/EHESS, in «L’univers pénitentiaire», Regards sur l’actualité, n° 261, mai 2000).

La violence contre soi-même reste un phénomène très préoccupant

« La violence contre soi-même, ce sont tous les phénomènes auto-agressifs dont la plus parfaite image est le suicide qui atteint, en milieu carcéral sept fois le taux de la population générale. Ce taux extrêmement important a généré de multiples réflexions. Les PRAPS (Programmes régionaux d’accès à la prévention et aux soins) s’en sont occupés, l’administration pénitentiaire a créé des cellules de réflexion, a mis en œuvre une politique de prévention qui a été largement diffusée, installant des équipes spécialisées, en postes fixes, dans les lieux repérés comme étant particulièrement suicidogènes : la "case arrivée"; la mise au quartier disciplinaire.

Le quartier disciplinaire est habituellement pris en charge par des surveillants en poste fixe, mais on constate que toutes ces mesures n’ont absolument pas fait diminuer le nombre de suicides en prison. (…)

L’abord psychologique du détenu qui va se donner la mort, n’a bien entendu encore jamais pu être fait (…) et il faut chercher dans d’autres domaines, en particulier le moment de la coupure, au début de l’incarcération, avec la famille ; lors de la mise au quartier disciplinaire, avec des codétenus, des raisons permettant de s’expliquer et de prévenir si possible le suicide. (…)

Actuellement cette politique, il faut le reconnaître, est en échec. Les chiffres, même corrélés à l’augmentation importante du nombre de détenus, parlent d’eux-mêmes. Mais il n’y a pas que le suicide : un grand nombre d’automutilations, en particulier des coupures sur les membres ; sont autant de gestes de violence contre soi-même, violence qui vient traduire manifestement une impossibilité de communiquer, une impossibilité de dire le malaise, tant le malaise intérieur à la prison, le fait d’être incarcéré, mais aussi le malaise que peuvent ressentir des personnes qui n’ont plus d’action sur l’extérieur. »

(Source : Pierre-Yves Robert, médecin, responsable médical du l’UCSA du centre pénitentiaire de Nantes, in "La santé en prison", Actualité et dossier en santé publique, revue du Haut Comité de la santé publique, n° 44, septembre 2003)

Alvaro Gil-Robles, le Commissaire aux Droits de l’Homme, insiste sur le manque de moyens matériels et humains pour faire face à l’augmentation de détenus présentant des troubles psychiques.

Des pathologies difficiles à gérer

« Le nombre de malades mentaux en prison pose d’énormes problèmes, tant au niveau de la prise en charge de ces détenus qui sont avant tout des malades, qu’au niveau de la gestion de ce type de prisonnier. (…) Certaines pathologies donnent lieu à des manifestations de violences à l’encontre des surveillants et des autres détenus. Le personnel pénitentiaire n’est pas formé pour canaliser ces personnes et répondre à des réactions imprévisibles par définition. J’ai reçu un grand nombre de plaintes des représentants du personnel, avant tout des surveillants quant à l’aggravation dramatique de leurs conditions de travail sans que de réelles mesures soient prises. (…) »

Les services médico-psychologiques régionaux (SMPR)

« Des services spécialisés ont été créés en 1986 au sein de certains établissements pénitentiaires. Il s’agit des services médico-psychologiques régionaux (SMPR). Ils sont aujourd’hui 26 répartis dans les neuf directions régionales des services pénitentiaire de la France métropolitaine. Chacun dispose de 10 à 32 places. Ils sont chargés de dépister les pathologies mentales, d’œuvrer à la prévention des suicides, et de prodiguer les soins. Seuls les malades consentants peuvent y séjourner.

Toutefois, même s’ils bénéficient de moyens importants, les SMPR rencontrent de nombreuses difficultés. Ainsi, certains sont logés dans des locaux vétustes et non adaptés aux soins. Le SMPR des Baumettes à Marseille dispose de 32 lits répartis dans 14 cellules de 10 m2 chacune. Six cellules accueillent trois malades sur des lits superposés. De telles conditions nuisent grandement à la qualité des soins et décuplent les difficultés des personnels soignants.

En outre, il faut surtout signaler le très faible nombre de places disponibles dans les SMPR, en comparaison des besoins réels. Ces services perdent ainsi très rapidement leur vocation régionale, et les établissements non dotés d’un SMPR s’en trouvent réduits à assurer les soins courants, alors qu’ils n’ont pas toujours l’appui d’une équipe médicale spécialisée. Des unités psychiatriques ont été intégrées à certains UCSA, comme au Pontet, mais une telle initiative est loin d’être généralisée ».

Mis à jour le 28/08/2006

 

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