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Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée, par Laurent Geslin et Sébastien Gobert

[Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée, par Laurent Geslin et Sébastien Gobert], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

L’avenue Lénine, principale artère de la ville.
Photo : Laurent Geslin - 23 janvier 2015

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Mis à jour le 11/02/2015

Introduction

Sur les rives du Dnipro, au sud-est de Kyiv, la grande ville industrielle de Zaporijia est parfois surnommée le « Detroit ukrainien », en référence à sa consœur américaine autrefois fleuron de l’industrie automobile. La cité ukrainienne s'est développée et a connu son âge d'or durant la période soviétique. Située 200 kilomètres à l’ouest de Donetsk et de la ligne de front, majoritairement russophone, elle cristallise désormais les défis d’une Ukraine en profonde redéfinition identitaire.


Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée

Laurent Geslin* et Sébastien Gobert**

La « Sitch » est déserte. Entre les bâtisses de bois et l’imposante église circulaire, à demi-perdus dans la brume hivernale, seuls quelques guides touristiques insistent pour montrer les reconstitutions des canons de l’arsenal et le cabinet de l’Hetman(1). « En été, évidemment, c’est plus vivant… Mais en janvier, il n’y a presque pas de visiteurs. Que des corbeaux et des chiens errants », commente un garde du village fortifié. Sur Khortytsia, la plus grande île du Dnipro, les Cosaques zaporogues ont disparu. Pendant des siècles, ils avaient ici édifié leur centre politique, la Sitch(2). Aujourd’hui devenue réserve nationale ukrainienne, l’île est abandonnée(3), alors que la rive gauche bourdonne de l’activité de la ville industrielle de Zaporijia.

Reconstitution de la Sitch

La reconstitution de la Sitch, sur l’île de Khortytsia, a été inaugurée en 2009.

© Photo : Laurent Geslin - 21 janvier 2015

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Vue de Khortytsia, il est aisé de comprendre que la ville moderne tire son origine du barrage géant DniproHES. En application d’un des slogans révolutionnaires de Lénine, « Le communisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification du pays », les premiers plans de la centrale hydraulique furent conçus au début des années 1920. Lors de sa mise en service, en 1932, cette centrale était l'une des plus puissantes au monde(4).

Pour accompagner ce symbole de modernité, la ville ne pouvait se contenter de la petite localité de Chortitza, sur la rive droite, fondée par des colons allemands au XVIIIème siècle(5). Grâce à l'électricité de la centrale, de grands centres de production d’acier et d’aluminium colonisèrent la rive gauche et la ville de Zaporijia s’est développée en engloutissant la petite Alexandrovsk. De quelque 24 000 habitants au tournant du XXème siècle, elle est passée à près de 290 000 en 1939(6).

Ukraine - La région de Zaporijia (février 2015)

Ukraine - La région de Zaporijia.

© DILA - février 2015

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Place à l’utopie

Dans la jeune Union soviétique du début des années 1920, l’heure était aux utopies. Le concept de « Sotsmisto » (ville-socialiste, sotsgorod en russe) fut expérimenté à travers toute l’URSS, afin de « repenser les relations de l’homme avec l’architecture, pour définir un espace optimal », comme l’explique Nataliya Lobach, gérante d’une galerie d’art alternatif dans le centre de Zaporijia. « C’était la grande époque du constructivisme. L’idée était d’avoir des bâtiments fonctionnels, qui reflétaient la nouvelle idéologie d’État. La ville était donc organisée selon des lieux réservés à l’habitation, à l’alimentation, aux loisirs, à la culture ou encore au sport », poursuit la jeune femme en déambulant entre des bâtiments aujourd’hui mal entretenus.

De nombreux architectes sont venus à Zaporijia pour mettre en pratique leurs visions novatrices. Parmi eux, Viktor Vesnine – l’un des trois « frères Vesnine » chefs de file du constructivisme soviétique –, Nikolaï Kolli, Gueorgui Orlov ou encore Olga Iaffa. De même que pour le barrage géant, des architectes occidentaux, notamment allemands et américains, ont laissé leur trace dans la Sotsmisto de Zaporijia. La légende veut même que Le Corbusier soit le concepteur de l’hôpital local(7).

Selon l’idéologie d’État, l’individualité était considérée comme la source de tous les déséquilibres sociaux et économiques. « L’objectif de long terme était d’instiller un sens de vie commune dans les quartiers résidentiels, en faisant en sorte que la vie quotidienne prenne, petit à petit, des formes collectives », explique le chercheur Sélim Khan-Magomedov dans son livre L’architecture soviétique d’avant-garde (1996). C’est ainsi qu’à Zaporijia,« les immeubles d'habitations collectifs des années 1920 étaient démunis de cuisine. Préparer à manger était considéré comme une tâche asservissante qui devait être prise en charge par l'État, au sein de restaurants communautaires », note N. Lobach.

De l’expérience constructiviste, Zaporijia a gardé un « squelette de Sotsmisto », selon l’expression de N. Lobach, « l’un des plus aboutis en URSS ». La Sotsmisto de Zaporijia s’est en effet développée tout au long des années 1920, jusqu’à ce que s’impose une vision de grandeur impériale dans les projets d’architecture. À Zaporijia, cela s’est traduit par la multiplication des façades monumentales le long de l’avenue Lénine, expressément conçue pour devenir l’une des plus longues artères urbaines au monde : de la gare ferroviaire jusqu’à la statue de Lénine qui surplombe le fleuve et le barrage, elle s’étire sur 11 kilomètres.

Quartier de la Sotsmisto

Vue sur le quartier de la Sotsmisto.

© Photo : Laurent Geslin, 23 janvier 2015

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La nostalgie soviétique à l’épreuve de l’EuroMaïdan

La révolution voulait permettre aux ouvriers de se rendre à pied sur leur lieu de travail. C’est ainsi qu’à Zaporijia, de larges complexes industriels sont imbriqués dans la ville. ZAZ, qui reste le principal constructeur automobile du pays malgré de sérieuses réductions d’activité depuis l’heure de gloire de la gamme Zaporojets, continue à assembler des Daewoo et des Chevrolet. L’usine côtoie Zaporizhstal, une des plus grandes aciéries d’Ukraine qui emploie encore 16 000 salariés, DAZ (aluminium) ou encore Altair (machines et équipements industriels). Sources d’emplois, de revenus et de fierté, ces industries extrêmement polluantes posent de sérieux problèmes de santé publique et d’environnement.

Au vu de son passé et de la structure de son économie, il n’est guère étonnant que les habitants de la cité éprouvent quelque nostalgie pour l’époque soviétique. Ici plus qu’ailleurs le long du Dnipro, la faucille et le marteau sont encore bien visibles. Zaporijia est aussi la seule ville de l’Ukraine indépendante à avoir érigé un buste de Staline, en mai 2010, à l'initiative du bureau local du Parti communiste. « C’était le fait d’un groupe privé, mais cela trahit la mentalité encore très pro-soviétique de la ville », estime le jeune historien Edouard Andrioushchenko. Lui et quelques amis n’ont pas hésité à dynamiter le monument, le 31 décembre 2010. Un « acte de terrorisme » pour les autorités de la ville(8). « La réaction de la municipalité, de même que celle de l’opinion publique, a révélé l’ampleur du travail de mémoire à effectuer. Lénine est déjà difficile à supporter. Mais Staline… C’est le bourreau du peuple ukrainien ! Je ne parle même pas de l’Holodomor, la Grande Famine, ou des purges de l’intelligentsia ukrainienne(9). Ici, à Zaporijia, Staline a fait exploser le barrage sur le Dnipro en 1941 afin de ralentir l'avancée allemande, tuant du même coup des dizaines de milliers de personnes ! On ne peut décemment pas lui élever un monument ! »(10).

Le barrage de Zaporijia

Le barrage de Zaporijia.

© Photo : Laurent Geslin - 23 janvier 2015

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Personne ne s’attendait donc à ce que les manifestations de Kyiv, durant l’hiver 2013-2014, fassent tâche d’huile à Zaporijia. Elles sont en effet restées timides, surtout si on les compare à celles de Dnipropetrovsk, la grande ville voisine, situé à 80 kilomètres en amont du fleuve. Les protestations ont néanmoins mobilisé « jusqu’à plusieurs milliers de personnes », se souvient N. Lobach. « C’était un beau moment. Moins intense, mais aussi moins tragique qu’à Kyiv.Cela nous a permis de comprendre que nous n’étions pas seuls… J’ai aussi réalisé qu’il ne fallait rien attendre de la majorité de la population, totalement apathique. »

Début 2014, cette grande ville majoritairement russophone semblait acquise au Parti des régions du Président Viktor Ianoukovitch. La fuite de ce dernier et sa destitution, le 22 février, n’ont pourtant pas causé de remous durables. « J’ai très vite réuni tous les dirigeants de partis et d’associations, du Parti des régions aux Vétérans de la guerre d’Afghanistan », raconte le maire Oleksandr Syn, assez coutumier des retournements de veste(11). « Nous avons signé un mémorandum exprimant notre loyauté au gouvernement de Kyiv et notre désir de vivre dans une Ukraine unie et indivisible. »

Cet accord a résisté aux épreuves des derniers mois. Quelques échauffourées menées par des groupes aux slogans pro-russes ont bien éclaté au printemps, dirigées notamment contre le siège de l’administration régionale. Mais les tensions sont retombées, tout du moins dans la rue. En témoigne l’initiative toute novatrice du journaliste Iouriy Goudimienko : « Le ‘Leninopad’, c’est-à-dire la chute de plus de 300 monuments soviétiques à travers le pays en quelques mois, a exacerbé beaucoup de tensions », analyse le jeune homme. « Je savais que les groupes nationalistes de Zaporijia voulaient abattre le Lénine local. Alors, avec quelques amis, nous avons fait faire une ‘vyshyvanka’ géante, une chemise traditionnelle ukrainienne, et nous avons habillé la statue ! » C’était le 4 octobre 2014. Les nationalistes ont maugréé. Les communistes tempêtent toujours. Mais, sur les hauteurs du Dnipro, la vyshyvanka reste bien accrochée aux épaules du leader bolchevique(12).

Lénine drapé d’une vyshyvanka

Lénine drapé d’une vyshyvanka.

© Photo : Laurent Geslin - 23 janvier 2015

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Zaporijia, entre Ukraine et « Novorossia »

« La population de Zaporijia veut vivre en Ukraine, et en paix, elle l’a prouvé à maintes reprises. Plus de 20 000 déplacés venus du Donbass se sont enregistrés en ville et nous faisons le maximum pour subvenir à leurs besoins. Malgré quelques tensions ici ou là, rien ne permet de penser qu’ils constituent une cinquième colonne. » Le maire y voit une preuve que la situation sécuritaire est stable.

« Notre dispositif de sécurité a été renforcé. Les ponts de la ville et le barrage sont sous surveillance. Des groupes de volontaires sont mobilisés pour décourager toute provocation. Nos services de sécurité font bien leur travail, ils ont déjà démantelé quelques cellules terroristes. Nous faisons le maximum pour garantir la sécurité de nos concitoyens », précise O. Syn. Et de présenter fièrement une application gratuite pour Smartphone, « Ukritia Zaporijia » (Refuges de Zaporijia), qui indique au mètre près la localisation d’abris anti-bombardements.

Le risque d’une déstabilisation de la ville est pris très au sérieux. Donetsk n'est qu'à 200 kilomètres. Et les séparatistes du Donbass, les mercenaires russes et les idéologues du Kremlin ne s’en cachent pas : Zaporijia est partie prenante du projet de « Novorossia » (Nouvelle Russie) que Vladimir Poutine utilise désormais dans ses discours officiels pour désigner le tiers sud-est de l’Ukraine contemporaine(13). La reprise des violences dans le Donbass, fin janvier 2015, fait craindre une propagation des combats vers le Dnipro. Le 21 janvier, l’explosion d’un pont à l’est de l’oblast (région) de Zaporijia a provoqué le déraillement d’un train de marchandises, rappelant que la guerre n'était pas loin.

Pour se défendre, Zaporijia dispose de moins de moyens que sa voisine Dnipropetrovsk, qui figure elle aussi sur les cartes de la Novorossia placardées dans les bureaux des chefs séparatistes de Donetsk et de Louhansk. Généreusement financée par son gouverneur, l’oligarque Ihor Kolomoiskiy, la région s’est instituée fer de lance de la défense pro-ukrainienne face à une hypothétique avancée de l'ennemi. Plus démunie, la région de Zaporijia n’en reste pas moins un territoire-pivot : son long littoral sur la mer d’Azov serait un morceau de choix dans la perspective d’aménager un lien terrestre direct entre la Russie continentale et la péninsule de Crimée, annexée en mars 2014. Championne nationale de la production énergétique par habitant, la région abrite, outre le barrage de DniproHES, la plus grande centrale nucléaire d’Europe, à Enerhodar. Autant de sites stratégiques dont il convient de renforcer la protection.

« Ce sont les menaces extérieures qui m’inquiètent le plus », explique l’historien E. Andrioushchenko, par ailleurs engagé dans une initiative civile d’approvisionnement des soldats ukrainiens en zone de guerre. « La population de Zaporijia est bien plus pro-soviétique que pro-russe. Les gens regrettent un passé révolu, mais rares sont ceux qui se mobiliseront pour rejoindre la Russie. Surtout si cela passe par la guerre… »

Conjurer le bruit de la guerre, encourager le tourisme

Mais ce qui préoccupe O. Syn au quotidien, c’est le développement de sa ville, frappée de plein fouet par le déclin industriel qui a suivi la dislocation de l’URSS. De plus de 900 000 habitants en 1991, la population de la ville est passée à moins de 770 000 personnes. « Nous ne risquons pas de devenir un 'nouveau Detroit', car nos activités industrielles sont diversifiées », tempère le maire. « Ce qu’il nous faut, c’est faciliter le développement des petites et moyennes entreprises. J’ai confiance dans le savoir-faire de notre main-d’œuvre. »

Pour l’heure, même si O. Syn ne l’admet pas publiquement, sa ville engrange quelques retombées positives de la guerre qui fait rage dans le Donbass : la fréquentation de l’aéroport a augmenté depuis que ceux de Donetsk et de Louhansk sont détruits ; le secteur agroalimentaire se trouve lui aussi stimulé par une baisse de la production dans les régions orientales ; de nombreux entrepreneurs chassés du Donbass ont trouvé refuge à Zaporijia. Parmi eux, l’oligarque Rinat Akhmetov, qui y a relocalisé certaines de ses activités dans le domaine de l’énergie.

« Il est temps de faire connaître notre ville, avec toutes ses particularités », s’enthousiasme le maire. La municipalité travaille à une revitalisation de la Sotsmisto, ainsi qu’à un plan de développement de l’île de Khortytsia. « Selon mes estimations, 1 milliard de hryvnias [environ 500 millions d’euros] pourraient être injectés dans ces projets, notamment par des entreprises privées. Zaporijia pourrait devenir l'une des principales destinations touristiques d’Ukraine ! » Le plan est séduisant. Mais rien ne dit que le vacarme des chantiers que veut lancer le maire sera suffisant pour couvrir le bruit de la guerre et les grincements de la crise économique majeure que traverse le pays.

Notes
(1) Titre du commandant en chef des Cosaques.
(2) Le terme ukrainien « Zaporijia » signifie littéralement « au-delà des rapides ». L’expression est associée aux Cosaques de la région, qui avaient établi leurs positions en aval des écueils les plus dangereux du Dnipro. Les Cosaques ont longtemps œuvré comme passeurs du fleuve, ce qui constituait une de leurs sources de revenus.
(3) Sur ce thème, voir Maxime Deschanet, « Ukraine : Khortytsia, de l’île-repaire à l’île-musée », Regard sur l’Est, 1er décembre 2014.
(4) La capacité initiale de production était de 560 mégawatts par an. Les cinq premiers générateurs furent construits aux États-Unis par la compagnie General Electric.
(5) Chortitza a été fondée en 1789 par des menonnites, colons de langue allemande venus de Prusse occidentale.
(6) Site officiel de la ville de Zaporijia.
(7) Aucun document ne vient conforter cette hypothèse, qui est principalement basée sur des similarités de façade entre l’hôpital de Zaporijia et le bâtiment du Tsentrosoïouz conçu par Le Corbusier et construit à Moscou entre 1928 et 1936.
(8) Au 26 janvier 2015, E. Andrioushchenko attendait toujours le verdict des poursuites judiciaires entamées contre lui. « Le procureur essaie de trouver un motif pour nous disculper », commentait-il, expliquant un tel changement d’attitude par l’impact de la révolution de l’EuroMaïdan.
(9) En 1932-33, les autorités soviétiques ont sciemment entretenu une famine dans plusieurs régions de l’URSS, dans le but de briser la résistance des paysans face à la collectivisation. En Ukraine, alors « grenier à blé de l’Union soviétique », cette famine a fait entre 3 et 5 millions de victimes.
(10) En août 1941, la Wehrmacht prend pied sur l’île de Khortytsia et entreprend la traversée du Dnipro. Le 18 août, la police secrète soviétique dynamite le barrage géant pour stopper sa progression. Le raz-de-marée emporte tout sur son passage : soldats allemands et soviétiques, civils. Le gouvernement a longtemps nié sa responsabilité. Les historiens considèrent qu’entre 20 000 et 100 000 personnes ont perdu la vie lors de ce drame. Le barrage et la centrale hydraulique furent reconstruits entre 1944 et 1949.
(11) Élu maire en 2010 comme candidat du parti Batkyvshyna (Patrie) de Ioulia Timochenko, il rejoint le Parti des régions en 2012. Depuis le changement de régime, étiqueté indépendant, il résiste aux pressions diverses qui tentent de le pousser à la démission.
(12) Le 31 janvier 2015, plusieurs centaines de personnes ont tenté une nouvelle fois d’abattre la statue. Elles en ont été empêchées par les forces de l’ordre.
(13) Le terme de « Novorossia » fait référence aux territoires conquis sous le règne de Catherine II à la fin du XVIIIème siècle qui offraient à la Russie tsariste un accès direct à la mer Noire.

* Journaliste et géographe, lauréat du Prix Louise Weiss pour le journalisme européen 2012.

** Journaliste indépendant (Kyiv, Ukraine).

Pour citer cet article : Laurent Geslin et Sébastien Gobert, « Zaporijia, ville miroir d'une Ukraine bouleversée », P@ges Europe, 11 février 2015 - La Documentation française © DILA 

 

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