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Collectivités territoriales et obligations communautaires : étude adoptée le 23 octobre 2003 par l'assemblée générale du Conseil d'Etat
CONSEIL D'ETAT
Edwige BELLIARD, Catherine de SALINS
Avril 2004
Paris, le 24 mars 2003
Le Premier ministre
à
Monsieur le Vice-Président du Conseil d'État
Objet : responsabilité de l'État du fait de manquements des collectivités territoriales à des obligations communautaires
Les collectivités territoriales disposent déjà d'importantes compétences. Celles- ci vont être accrues, de manière significative, du fait du programme de décentralisation engagé par le Gouvernement. Selon les termes du projet de loi constitutionnelle, adopté en termes identiques par l'Assemblée nationale et le Sénat, les collectivités territoriales auront « vocation à exercer l'ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en uvre à l'échelle de leur ressort ».
Au nombre des attributions qui sont ou seront ainsi décentralisées, figurent des matières mettant en cause des obligations d'origine communautaire. La part prise par ces matières va évidemment croissant, au gré des développements que connaît le droit communautaire.
En pareil cas, c'est aux collectivités bénéficiaires des transferts de compétence qu'il incombe d'assurer le respect effectif des exigences communautaires, soit en prenant en charge la mise en uvre, au niveau local, des mesures nationales de transposition, soit même en assurant directement l'application des actes communautaires qui n'appellent pas de telles mesures.
Pour autant, selon une jurisprudence constante de la Cour de justice des Communautés européennes, en cas de manquement, c'est la responsabilité de l'État qui demeure seule en cause, « quel que soit l'organe de l'État dont l'action ou l'inaction est à l'origine du manquement, même s'il s'agit d'une institution constitutionnelle indépendante ».
Aussi apparaît-il souhaitable que le Conseil d'État éclaire le Gouvernement sur la façon dont peuvent se concilier cette responsabilité exclusive de l'État en droit communautaire avec, en droit interne, le principe de libre administration des collectivités territoriales et celui, qui devrait être consacré par la révision constitutionnelle, d'organisation décentralisée de la République.
Il conviendrait, à cet égard, que le Conseil d'État apprécie la pertinence et l'efficacité des mécanismes auxquels l'État peut d'ores et déjà recourir pour identifier et pallier d'éventuelles défaillances des autorités décentralisées, ainsi que des voies de droit qui lui seraient offertes dans l'hypothèse où il serait condamné par les juridictions européennes en raison du manquement d'une collectivité territoriale aux obligations communautaires.
Cette expertise pourrait utilement s'appuyer sur une comparaison avec les dispositifs retenus par d'autres États membres, en particulier ceux dont l'organisation est fortement décentralisée.
J'attacherais du prix à ce que le résultat de cette étude puisse m'être remis d'ici le 30 septembre 2003.
Jean-Pierre RAFFARIN