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Faits de société

Le travail social auprès des jeunes en difficulté dans leur environnement

Auteur(s) :

Editeur :

  • Inspection générale des affaires sociales

Date de remise : Janvier 2006
227 pages

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Dans le cadre de la préparation de son rapport annuel 2005 intitulé "L'intervention sociale, un travail de proximité", l'IGAS a élaboré, au cours de l'année 2005, quatre documents préparatoires. Outre le présent rapport, les autres documents ont pour titre "Intervention sociale de proximité et territoires", " Quelle intervention sociale pour ceux qui ne demandent rien ?", "Suivi, contrôle et évaluation du travail social et de l'intervention sociale". NOTE : Les fichiers compatibles avec le matériel de synthèse vocale utilisé par le public malvoyant pourront être adressés sur simple demande à la section des rapports de l'IGAS à l'adresse internet suivante : igas-section-rapports@sante.gouv.fr




INTRODUCTION

 
PREMIERE PARTIE : JEUNES EN DIFFICULTE OU TRAVAIL SOCIAL EN DIFFICULTE ?
 

1.1 PÉRIL JEUNE OU JEUNES EN PÉRIL ?
1.1.1 Définir les jeunes en difficulté: un exercice artificiel
1.1.1.1 Les jeunes en danger relevant de la protection de l’enfance
1.1.1.2 Les jeunes et l’institution scolaire
1.1.1.3 Les jeunes présentant des troubles du comportement… ou les jeunes qualifiés de « border line »
1.1.1.4 Les jeunes précarisés et en danger d’exclusion
1.1.2 Les caractéristiques des difficultés émergentes
1.1.2.1 Le cumul des difficultés face à la précarité économique et sociale
1.1.2.2 Le phénomène de bande et de tribu
1.1.2.3 L’ethnicisation des difficultés des jeunes
1.1.2.4 La problématique du genre dans les familles d’origine étrangère
1.1.2.5 Le rajeunissement dans l’apparition des problèmes
1.1.3 Le devenir de ces jeunes
1.1.3.1 Les jeunes en révolte
1.1.3.2 Les jeunes pour lesquels tous les dispositifs ont échoué
1.1.3.3 Le cheminement vers la délinquance
1.1.3.4 Les jeunes à l’avenir incertain
1.1.3.5 Les jeunes en voie d’autonomie et d’insertion

1.2 LE REPÉRAGE DES JEUNES EN DIFFICULTÉ : UN ENJEU ESSENTIEL
1.2.1 Les conditions du repérage
1.2.1.1 Les critères du repérage
1.2.1.2 Les lieux du repérage
1.2.2 La crise, moment essentiel du repérage
1.2.2.1 Une appproche multidisciplinaire nécessaire, mais difficile
1.2.2.2 La tentation de la psychiatrisation des difficultés ou du déni de leur caractère pathologique
1.2.2.3 Le passage à l’acte violent, comme révélateur

 
DEUXIEME PARTIE : MUTATIONS DU TRAVAIL SOCIAL
 

2.1 LE TRAVAIL SOCIAL SE CONÇOIT ESSENTIELLEMENT COMME UNE FONCTION D’ORIENTATION VERS DES
DISPOSITIFS QUI SE SONT MULTIPLIÉS
2.1.1 Sa diffusion dans les politiques sectorielles
2.1.1.1 La politique des institutions scolaires
2.1.1.2 La politique de l’emploi
2.1.1.3 La politique de prévention de la délinquance
2.1.1.4 La politique de santé
2.1.1.5 La politique de la ville
2.1.2 Le partenariat : une pratique quotidienne du travail social
2.1.2.1 Le partenariat institutionnel
2.1.2.2 Le partenariat entre les acteurs de terrain
2.1.2.3 La mise en place d’outils partenariaux
2.1.3 La mise en valeur de modalités particulières du travail social qui reste néanmoins fortement
marqué par la technique de l’orientation des jeunes
2.1.3.1 La dynamique des méthodes collectives d’animation
2.1.3.2 Le travail social comme orientation des jeunes vers des dispositifs existants

 
TROISIEME PARTIE : LES LIMITES DE L’INTERVENTION SOCIALE AUPRES DES JEUNES EN DIFFICULTE
 

3.1 UN PARTENARIAT QUI N’EST PAS ASSEZ ORGANISÉ AUTOUR DES JEUNES EN TRÈS GRANDE DIFFICULTÉ
3.1.1 Un intervention qui apparaît fortement concentrée sur un petit nombre de jeunes avec un succés
relatif
3.1.2 Des ruptures et des effets de filière qui empêchent une approche globle et continue et donc des
prises en charge réellement personnalisées
3.1.3 Des difficultés à faire fonctionner le partenariat en raison de la question du secret
professionnel

3.2 DES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES AU DÉMARRAGE DES PRISES EN CHARGE
3.2.1 Des prises en charge pas toujours précédées par un diagnostic approfondi
3.2.2 Des objectifs parfois peu précis, et insuffisamment partagés

3.3 DES LIMITES QUI TIENNENT AUX CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE DES PRISE EN CHARGE
3.3.1 Une articulation qui doit se developper avec les actions sur la parentalité
3.3.2 Des prises en charge qui ne comportent pas toujours un accompagnement éducatif suffisamment
intense

   
QUATRIEME PARTIE : RECOMMANDATIONS
 

4.1 PROMOUVOIR UNE VISION NATIONALE DES POLITIQUES DE PROTECTION ET D’INTÉGRATION DES JEUNES
EN DIFFICULTÉ

4.2 FAIRE DU SCHÉMA DÉPARTEMENTAL DE L’ENFANCE UN OUTIL MAJEUR DE LA COORDINATION LOCALE
4.2.1 Elaboration des schémas départementaux de l’enfance et de la jeunesse
4.2.2 Animer la mise en oeuvre des schémas

4.3 MIEUX S’ORGANISER AU SEIN DES INSTITUTIONS

4.4 CENTRER LA PRISE EN CHARGE SUR LES BESOINS DU JEUNE

4.5 RENFORCER LA FORMATION

 

CONCLUSION


 

ANNEXE




 







Résumé



Le présent rapport, qui a vocation à s’intégrer dans le rapport annuel public de l’IGAS pour
2005 sur « Travail social et intervention sociale de proximité », traite plus particulièrement du
travail social auprès des jeunes en difficulté dans leur environnement, hors établissements
d’accueil.

 

Sur les 11,5 millions de jeunes de 10 à 24 ans recensés en 2001, tous ne sont pas des jeunes en
difficulté. Pendant des décennies, la notion de jeunes en difficulté a été appréhendée sous
l’angle juridique : protection administrative et judiciaire au sens du code des familles et de
l’action sociale, protection judiciaire entendue au sens du code civil, traitement de la
délinquance au sens de l’ordonnance de 1945.

 

La mission de l’IGAS s’est appuyée sur de nombreux travaux de recherche, des missions
d’enquête parlementaires, des auditions, des études de cas ou d’itinéraires de jeunes pour
aborder cette problématique en montrant que cette seule approche juridique ne suffit plusà caractériser les difficultés des jeunes.

 

Dresser une typologie des jeunes en difficulté est apparu un exercice artificiel dans la mesure
où la jeunesse est, par définition, un état transitoire au cours duquel la situation des individus
est amenée à se modifier considérablement. L’examen des données disponibles sur les jeunes
montre que les catégories sont créées en quelque sorte par les institutions qui portent leurs
différentes problématiques et qui souhaitent légitimement dénombrer leurs bénéficiaires, pour
les interventions spécifiques (aides sociale à l’enfance, justice des mineurs, pédopsychiatrie…),
les jeunes qui les ont mis en échec, pour les structures à vocation généraliste,
comme les établissements scolaires.

 

La tendance actuelle à assimiler les jeunes en difficulté aux jeunes délinquants fausse le
regard sur la réalité de leurs problèmes. La délinquance n’est qu’une facette de la situation de
certains mineurs et les problèmes que rencontrent les jeunes sont multiples et le plus souvent
cumulatifs. Des problématiques émergentes ont été identifiées : la confrontation accrue à la
précarité sociale, le phénomène de bande, l’ethnicisation des difficultés, le clivage du genre,
le rajeunissement de la population concernée par ces difficultés.

 

Ces constats soulignent l’enjeu essentiel que constitue le repérage. Les lieux dans lesquels
cette fonction peut être assurée sont multiples mais les intervenants sont souvent démunis
pour exercer cette activité de manière pertinente, car les indicateurs des difficultés des jeunes
font défaut et la capacité des acteurs « de première ligne » à déclencher une prise en charge
effective est faible. Ce faisant, la crise, avec parfois passage à l’acte violent, est très souvent
l’élément qui déclenche l’intervention sociale. Celle-ci s’élabore donc « à chaud » et sans le
recul nécessaire à l’élaboration de solution adéquate et pérenne.

 


Pour autant, les interventions sociales ont eu tendance à se diffuser dans un grand nombre de
politiques à caractère généraliste visant les jeunes -enseignement, emploi, santé…-, par
l’intégration dans les institutions de travailleurs sociaux ou par la mise en place de dispositifs à caractère social.

 


Réciproquement, le travail social est apparu très marqué par la notion de partenariat. Celui-ci
se décline aux niveaux tant institutionnel qu’opérationnel et conduit à la mise en place
d’outils communs aux différentes structures. Toutefois, dans la pratique, le partenariat est
apparu très dépendant de la personnalité des intervenants de terrain, faute d’un véritable « portage politique et hiérarchique » de l’intervention sociale auprès des jeunes en difficulté.

 


Des formes particulières d’intervention sociale ont été mises en valeur sur le terrain,
notamment par le biais de la politique de la ville. En effet, les apports éducatifs des activités
de médiation et d’animation sont indéniables. Ces actions permettent à la fois l’observation
des difficultés individuelles et collectives des jeunes et la lutte contre la marginalisation par le
travail qui est fait sur la vision que les jeunes ont d’eux-mêmes et de leur rapport aux autres.

 


Dans la pratique, le travail social en direction des jeunes tend à se diviser : à l’exception
notable de la prévention spécialisée qui est présente sur les deux volets, les travailleurs
sociaux « canoniques » assument essentiellement le suivi individuel des jeunes alors que les
animateurs et les médiateurs prennent en charge les aspects collectifs. La difficultéà communiquer de ces deux sphères ne saurait être sous-estimée.

 


Par ailleurs, la mission a pu constater que les travailleurs sociaux spécialisés dans la
protection de l’enfance (juges, services de l’ASE, services de la PJJ…) ou intervenant dans
des structures dédiées aux jeunes (établissements scolaires, missions locales…) assument
principalement leur rôle en adressant les jeunes à des spécialistes (pédo-psychiatres,
formateurs…) ou à des structures d’accueil (établissements médico-sociaux, internats, centres
de santé…). Cette fonction résulte de la complexité de la prise en charge des jeunes mais elle
perd de sa cohérence en ne s’inscrivant pas dans un projet de vie individuel, concerté et
précisé pour chaque jeune.

 


Plus globalement il apparaît des limites à l’intervention sociale en direction des jeunes en
difficulté. Malgré une concentration des interventions sur un petit nombre de personnes, on
constate la persistance de difficultés dans la continuité des prises en charge. Faute notamment
de pouvoir organiser le partage de l’information, les interventions sur les jeunes en grande
difficulté sont peu coordonnées.

 


En effet, de nombreux travailleurs sociaux continuent à se réfugier derrière la notion de secret
professionnel et sont réticents à communiquer avec les autres intervenants sociaux possédant
des qualifications différentes des leurs. Cette pratique nuit à la mise en œuvre d’une attitude
cohérente des adultes à l’égard du jeune dans sa prise en charge sociale, et ajoute de la
confusion institutionnelle au brouillage des repères dont ce dernier est bien souvent victime. Des protocoles de partage des informations sont nécessaires pour construire des espaces
d’échanges entre professionnels du secteur social compris dans son acceptation élargie et
permettre l’élaboration de diagnostics pluridisciplinaires partagés sur les situations
individuelles de chaque jeune.

 


Le travail social rencontre des difficultés pour des raisons qui tiennent à la fois à des
questions de moyens mais aussi de méthodes. Les prises en charge ne sont pas toujours
précédées par un diagnostic approfondi et pluridisciplinaire. Leurs objectifs sont parfois peu
précis et insuffisamment partagés. En l’absence fréquente d’objectifs explicites, l’évolution de
l’état du jeune est rarement évaluée. Or, c’est bien cet indicateur qui doit être mis au cœur des
préoccupations des travailleurs sociaux. Cette évaluation peut seule permettre de vérifier
l’adéquation des mesures et, le cas échéant, de déterminer des modifications dans la prise en
charge. Les actions en direction des jeunes doivent sont rarement articulées avec celles qui

visent à soutenir la parentalité. Le soutien éducatif intense et rapproché fait souvent défaut
dans les parcours, au cours desquels les partages d’activité avec des adultes référents sont
relativement rares.

 


Compte tenu de ces constats, la mission a émis différentes propositions :
- Promouvoir une vision nationale de la politique de protection et d’intégration des jeunes
en difficulté par l’organisation d’une conférence annuelle sur ce sujet, l’élargissement des
compétences de l’observatoire national de l’enfance en danger, l’élaboration d’un
protocole d’échange d’informations entre professionnels, la structuration d’une politique
de contrôle des services départementaux de protection de l’enfance et l’animation des
services déconcentrés de l’Etat sur les secteurs afférents à la jeunesse et l’identification
dans le budget de l’Etat d’un programme relatif aux dépenses afférentes à la jeunesse en
difficulté.

 

- Faire du schéma départemental l’outil majeur de la coordination locale : la parution des
derniers décrets d’application doit être réalisée dans un délai bref, l’Etat doit vérifier
l’élaboration de ces schémas ainsi que leur qualité. Les constats et les propositions doivent
résulter d’un partenariat actif entre les institutions assurant la prise en charge des jeunes
(services du conseil général, justice, Education nationale, associations…). Le suivi de la
mise en œuvre du schéma doit être organisé entre les partenaires.

 

- Les institutions sont responsables de la prise en charge des jeunes : leur organisation doit
donc permettre d’assurer leur suivi dans la continuité et conforter les équipes par une
supervision efficace de leur pratique.

 

- Le suivi individuel des jeunes peut être amélioré par l’exercice plus opérationnel du
repérage, la mise en œuvre d’un diagnostic pluridisciplinaire partagé, la désignation d’un
référent et l’organisation d’un emploi du temps à fort contenu éducatif, la miseà disposition des professionnels d’outils d’évaluation de l’état du jeune et de leurs pratiques.

 

- Enfin, la formation des travailleurs sociaux devrait être le vecteur d’une culture commune
des intervenants du terrain, privilégier les problématiques émergentes et les méthodes de
conduite de projet et axer le choix des terrains de stage vers des structures dédiées aux
jeunes les plus en difficulté afin de rapprocher les jeunes diplômés des réalités de leurs
publics.