Le Garde des Sceaux
Ministre de la Justice
À Monsieur Jean-Marie COULON
Premier Président honoraire
de la cour d’appel de Paris
Paris, le 04/10/07
Monsieur le Premier Président,
À l’occasion d’une allocution prononcée le 30 août dernier lors de
l’université d’été du Mouvement des Entreprises de France, le Président de la
République a exprimé le souhait de lutter contre une pénalisation excessive du
droit des affaires, qui constitue une source d’insécurité juridique et handicape
ainsi l’esprit d’entreprise.
À cet effet, il m’a chargée de lui soumettre des propositions afin de
limiter le risque pénal des entreprises et d’envisager des modes de régulation
plus adaptés à la vie économique.
L’un des fondements des sociétés démocratiques est que la loi ne
doit édicter que des sanctions pénales nécessaires et proportionnées. Le droit
pénal n’a pas vocation à régler des confl its entre personnes privées. Il n’a pas
plus vocation à assurer le respect de contraintes administratives. Il doit être destiné à protéger des valeurs sociales essentielles en sanctionnant des comportements
et des malversations condamnables.
Une pénalisation excessive de la vie économique produit des effets
pervers. Les procédures sont souvent longues. Elles ont souvent un retentissement économique hors de proportion des faits. Elles peuvent être dévoyées
par certains plaignants. Ce risque pénal pèse sur l’attractivité économique de la
France.
Le mouvement de dépénalisation déjà entrepris en matière de droit
des sociétés et de droit de la concurrence démontre que ce travail répond à une
préoccupation admise par divers gouvernements antérieurs et qu’il peut être
conduit sans polémique.
Ce mouvement doit être poursuivi.
C’est pourquoi, je souhaite vous confi er la présidence d’un groupe
de travail, chargé de mener une réfl exion sur l’ensemble des sanctions pénales
qui s’appliquent aux entreprises en matière de droit des sociétés, de droit financier
et de droit de la consommation.
Ce groupe de travail aura vocation à examiner l’ensemble des infractions
qui pèsent sur les entreprises.
Il lui appartiendra de proposer la suppression des sanctions qui sont
inutiles. Il pourra également proposer leur adaptation ou leur remplacement par
des procédures civiles ou commerciales ou par des sanctions administratives,
disciplinaires ou pécuniaires.
Quand des sanctions pénales et des sanctions civiles ou administratives
coexistent, le groupe de travail devra s’interroger sur la justifi cation de ce
cumul et sur la coordination de ces différents types de sanctions.
Vous voudrez bien veiller à ce que le groupe de travail me remette
son rapport au plus tard à la fin du mois de janvier 2008.
Vous pourrez bien entendu vous appuyer sur mes services pour
conduire vos travaux.
En vous remerciant de votre disponibilité et de votre collaboration,
je vous prie de croire, Monsieur le Premier Président, à l’expression de mes
salutations distinguées.
Rachida DATI